P1 - Le montage
Pierre-Alain Dorange - mars 2002 - mise à jour décembre 2004

Le montage est l’opération qui consiste à coller les plans les uns après les autres. Le montage organise le récit, lui donne une logique, un rythme.

Le montage c’est ce qui va rendre votre film vivant et intéressant pour vos spectateurs.

Lors du tournage, vous avez enregistrez des plans souvent plus long que nécessaire avec des passages “vide”. Certains plans sont en double... Bref il faut faire du ménage, raccourcir et réorganiser vos plans dans un ordre qui appuis votre propos.

C’est le montage qui va raconter votre histoire. Même pour un film familial, c’est montage qui va dynamiser, mettre en valeur certains passages et réjouir ou ennuyer votre audience.

Le montage, comme le tournage est une affaire de goûts et de personnes. Il n’y a pas de montage parfait ou de véritables règles à appliquer.

Le montage est très lié au cadrage et utilise les mêmes notions, voir les 2 articles "Cadrage", ainsi que l'article "initiation au tournage".

Raconter une histoire

Le montage c’est ce qui donne corps à votre projet. Cette phase n’est à sous-estimer, c'est en effet celle qui peut faire de votre film un moment intéressant pour votre audience.

Vous devez avant de commencer à monter avoir une idée clair de ce que vous allez raconter, du message général, des impressions que vous voulez faire ressortir et penser le rythme dans ce sens.

Le montage va servir à appuyer l’histoire pour que le public comprenne bien ce qui se passe, mais servira aussi à faire de bonne ellipse sans perturber le spectateur.

Le montage applique les règles classiques de compositions d’histoire, notamment la BD. Mais le cinéma, en ajoutant le mouvement, ajoute des règles ne serait-ce qu’en obligeant le spectateur à suivre, on ne fait pas de pause dans un film comme dans une BD ou un roman.

La théorie

On distingue plusieurs types de montage qui peuvent se retrouver tous au sein d’un même film :

  • montage chronologique, présente l’action dans l’ordre de son déroulement
  • montage parallèle, présente des actions éloignés dans le temps ou l’espace
  • montage alterné, présente des actions simultanées
  • flash-back (analepse), retour en arrière chronologique pour revenir sur un évènement vu précédemment ou non vu.
  • prolepse, opération inverse du flash-back : présente une action futur (très rare)
  • ellipse, fait passer le récit d’un action à une autre sans unité de lieu ou de temps en ne présentant pas ce qui se passe entre le deux.

Le montage sert aussi à lier les plans et séquences entre elles :

  • montage cut, fait se succéder les plans sans effets, de façon abrupte
  • montage raccord, fait succéder un plan à un autre (cut) en marquant une continuité (dans la perspective, dans un objet ou un personnage, dans une action, dans un regard...)
  • montage fondus, permet de souligner l’enchainement. Fondu au noir en début et fin de séquence par exemple. Fondu enchainé, mixe les images du plan précédent et du plan suivant pendant quelques instants.
  • plan de coupe, c’est un plan illustratif qui s’insère dans une scène en en remplaçant une partie tout en conservant le son originel de la scène. Un plan de coupe peut être le plan d’un paysage calme pendant un dialogue entre 2 personnages.

De nombreux effets simples permettent aussi de soutenir le récit : ralentit, accéléré, inserts, iris, encarts...

Etudier les techniques

Avant de vous lancez dans votre premier montage, il est intéressant de vous replonger dans un ou deux films cinémas que vous connaissez bien et de les regarder à nouveau avec l’œil du monteur. En notant bien les techniques utilisées pour enchaîner les plans. Les moyens utilisés pour les ellipses, pour organisez un dialogue, amener du suspens ou amener un gag.

Il ne s’agit pas ici de reproduire des techniques, mais plutôt de connaître ce que l’on peut faire, construire votre vocabulaire de monteur. Ensuite pour un montage réussit il vous faudra “oublier” tout ça pour vous concentrer sur ce que vous voulez dire avec chaque plan.

Champ / Contre-Champ pour mettre en valeur les protagonistes d'une scène de dialogue (ici Obi Wan et Anakin Skywalker dans Star Wars).
Ne pas faire...

Les principales erreurs de débutant est de faire des films et des plans trop long, cela brise le plus souvent le rythme.
Attention il est parfois nécessaire d’avoir de longs plans, il ne faut pas tout couper tout dépend du sens. Il ne faut non plus faire de plans trop court, sinon vous risquez de donner la nausée à votre auditoire, on considère souvent que 10 secondes une "bonne" longueur. (ne faites pas tout vos plans à 10 secondes non plus).

Une autre erreur classique est d’utiliser toutes les transitions disponible et certains logiciels en proposent des centaines ! Le résultat est le plus souvent terriblement psychédélique. A par servir de démo pour les transitions votre film ne servira pas à grand chose...
Les transitions sont à utiliser avec parcimonie. Vous noterez certainement que vos films préférés utilisent peu de transitions mais plutôt du montage “cut”, c’est-à-dire passage d’un plan à l’autre sans transition.
Vous noterez aussi que la plupart des films n’utilisent de 2 ou 3 transitions maximums, avec par ordre d’apparition à l’écran : “cut”, fondu au noir, fondu enchaîné et quelques autres suivants les réalisateurs.

Se poser des questions

Le montage c’est se poser des questions et prendre son temps.

Que voulez vous faire passer comme émotions ou sensations avec votre films ?

Quel sera votre public ?

Pour chaque plan disponible vous devrez vous demander ce qu’il apporte à l’ensemble et avec quel autres plans peut-il être rapproché.

Aborder le montage

Etudiez vos matériaux

La technique de base, consiste à s’installer confortablement dans une atmosphère neutre et à visionner tout vos plans disponibles une première fois.
Puis une seconde fois en prenant des notes sur chaque plan (qualité, intérêt, intervenant, ordre chronologique...), à ce stade faites des pauses, revenez en arrière. Vous pouvez gagner du temps en réalisant un cahier de tournage ou vous notez la qualité de chaque plan tourné : au moment du tournage.

Organisez vos notes, laissez passer du temps sans visionner vos rushes. Profitez de ce temps pour commencer à rechercher et organiser les divers éléments dont vous aurez besoin pour votre film (photos, bruitages, musiques...)
Reprenez vos notes tranquillement et réfléchissez à un montage possible.

Ensuite revisionnez vos rushes pour affiner vos notes et votre montage mental.

Montez

Maintenant vous êtes prêt à aborder le montage. Branchez votre caméscope sur votre micro et commencez par vider vos bandes avec tout les rushes sur votre disque dur, si vous avez assez de place.
Découpez les plans que vous avez repérez, organisez les en visionnant régulièrement votre avancement. Ne revenez pas en arrière à ce stade, prenez des notes, continuez et finissez ce premier “jet”.

Visionnez l’ensemble en complétant vos notes. A ce stade vous devriez avoir une vision claire de votre film dans sa globalité et des grandes unités temporelles ou chapitres.
Revenez sur ce montage de base et affiner les découpes. Ajoutez quelques bruitages si nécessaire et faites des essais de musiques sans trop affiner.

Ensuite commencez à travailler les transitions.
Visionnez de nouveau, votre film doit commencez à prendre corps. Laissez reposer un peu.

Revenez sur votre montage, en visionnant l’ensemble. Si vous vous ennuyez sur certains plans c’est que quelque chose ne va pas... imaginez votre futur auditoire ! Affiner les coupes, raccourcissez, pensez au rythme.

Finitions

Pour finir préparez un titre, un générique, des panneaux de chapitrage et des éventuels sous-titres.

Couper !

Faites des coupes, raccourcissez. Généralement vos plans seront trop longs. Pensez à l’essentiel sans détruire la compréhension mais sans en rajouter trop non plus, le spectateur n’est pas un idiot.

Ne montrez que l’action essentiel.
Il est pas exemple inutile (parfois utile cela dépend du récit) de voir le personnage sortir les clés de sa poche, enfoncer la clé dans la serrure, tourner la poignée et finalement ouvrir la porte de sa maison si il ne se passe rien de spécial. A moins que vous vouliez introduire un faux “climax”. Pour ce genre de scène il est la plus souvent inutile d’en rajouter et le plan peu commencer quand la porte est déjà en train de s’ouvrir.

Conservez une cohérence.
Lors d’une scène d’action essayer de conserver (en fonction des plans disponibles) une cohérence dans les vues. Si par exemple une voiture démarre de la droite vers la gauche, essayer de continuer de suivre ce sens de lecture pour ne pas trop perturber le spectateur.

Mettre en situation.
Lors de changements de lieu ou de temps, il convient de replacer le spectateur pour qu'il s'y retrouve (a moins de vouloir créer un effet particulier). Souvent on utilise un montage "cut" d'une succession de plans qui vont de l'ensemble au particulier afin de mettre en situation l'espace et que le spectateur puisse comprendre le nouveau lieu.


3 plans pour mettre en situation le chancelier Valorum qui fait un discours devant le sénat (Star Wars) :
1/plan d'ensemble sur le sénat - 2/plan moyen sur l'orateur - 3/gros plan sur l'orateur,
pendant ce temps là le discours et en cours (piste audio).

Les grandes familles d'enchainement de plans : les Transitions

Cut” pas de transition.
C’est la plus courante à appliquer dans un enchaînement de plans qui se suivent logiquement.

Toutes les autres types de transitions introduisent forcément un notion temporelle ou spatiale qui donnera automatiquement l’impression à votre public que l’on change de scène. Donc si on ne change pas de scène, c’est qu’il faut enchaîner avec un “cut”.

N’oubliez pas qu’une transition prend du temps pour passer d’un plan à l’autre et il convient qu’il ne se passe pas de chose essentiel dans votre film pendant la transition, car sinon le spectateur risque simplement de ne pas le voir. Le "cut" permet de changer de point de vue sans introduire de rupture dans l'action.


montage "cut" d'une scène d'action.
Pour renforcer le mouvement rotatif de Obi Wan, Georges Lucas utilise 2 plans (plan de face au bar) puis passe en "cut" à un plan arrière (env. 90°) ou ObiWan termine son retournement en sortant son sabre laser.
Fondus
La famille des fondus sera ensuite la famille de transitions à utiliser le plus. Ce type de transitions mélange subtilement à une vitesse déterminée le plan précédent et le suivant. A utiliser pour des changements de scène.
En fonction de la situation vous ferez varier la durée. Les fondus directes de plans à plans ne doivent pas être trop long sinon le résultat sera une espèce de bouillie incompréhensible.
On privilégiera les fondus au noir (ou blanc, plus rare). Qui consiste à fondre le plan précédent dans un noir, puis à fondre ce noir avec le plan suivant. Ce type de transition permet de clairement indiqué un changement important spatial ou temporel. La durée du noir et du fondu sont bien sur à régler suivant le cas.

Fondu au noir pour terminer un plan en douceur.
Découpes
Ce sont toutes les transitions qui remplace progressivement le plan précédent par le plan suivant en utilisant un motif géométrique. Ce type de transition est assez utilisé au cinéma par certains réalisateurs classique (on en trouve des exemples dans la série Star Wars ou les grands classiques comme Ben-Hur, Cléopatre...).
Glissements
Ce sont toutes les transitions qui “pousse” le plan précédent pour le remplacer par le plan suivant. Ce type de transitions est délicate à manipuler car rapidement cela peut produire une impression désagréable à votre public. A éviter ou alors à utiliser rarement pour une situation bien précise.
Exotiques
Tout les autres effets sont beaucoup trop exotiques pour être utilisé. Cela donnera un coté “amateur -qui-découvre-les-transitions-et-les-essaye-toutes” . Regardez bien vos films préférés et essayez de trouver des transitions exotiques...
Dans le cadre d’un film familial de vacances par exemple vous pouvez toutefois être amener à utiliser avec réussite une transition par vague, mais n’en abusez pas !
Et rappelez vous, il n’y a pas de règles et vous avez le droit de vous lâcher !
Et le son ?

Le son est fondamental pour un bon film. Visionnez votre scène préféré d'un film en coupant le son vous comprendrez rapidement l'importance du son.

Sur certaines scènes vous gagnerez à ajouter une musique de fond (sans noyer les dialogues) pour améliorer l’atmosphère.

Usez avec parcimonie et légèreté des bruitages. Les bruitages d’actions sont important pour immerger votre public, mais il ne faut pas que leur niveau sonore soient trop fort et couvre les dialogues ou la musique, sauf si il s’agit d’une explosion.

Les bruitages sont souvent rajouter au montage car il est difficile de saisir certains bruits lors du tournage.

Vous pouvez aussi user de rires ajoutés (comme dans certaines séries) pour donner un ton décalé ou renforcer un effet. La encore de la discrétion sur le volume sonore sera nécessaire.

Comme pour les transitions, trop de bruitages peuvent rendre ridicule votre film. Utiliser des bruitages quand nécessaire.

Titrage, génériques et sous-titres

En manière de titrage tout est presque permis, tout en conservant à l’esprit que ceux-ci doivent être lisible. Utilisez des couleurs qui tranchent avec le fond, évitez de titrer sur un fond confus. Utilisez un corps (taille des caractères) suffisamment grand pour être bien lisible sur votre support de diffusion final.

Pour le générique de fin ou de début, attention au défilement verticaux qui peuvent avoir un rendu saccadé si vous montez un film entrelacé (comme le DV). pour réduire cet effet utilisez des polices suffisamment grande et grasse (épaisse) et régler la vitesse de défilement suffisamment lente pour permettre la lecture et éviter le scintillement.

Pour des sous-titres, la lisibilité est encore plus importante. Si vous travaillez sur un film recadré en LetterBox, placez vos sous-titres en bas sur le fond noir et en couleur blanche (ou clair). Encore une fois utilisez des polices lisibles (grasses) et affinez vos réglages de durée d’affichage pour permettre leur lecture.

Un dernier conseil, évitez certaines couleurs pour vos titres, comme le rouge qui a une facheuse tendance à baver aussi bien en DV qu'en MPEG...

Effets Spéciaux

A moins que vous produisiez un film de science-fiction vous utiliserez peu d’effets, sauf pour éventuellement améliorer les couleurs d’un plan pour l’homogénéisé avec les autres.

Vous pouvez appliquer un léger flou à l’ensemble de votre film si il y a vraiment trop de bruit vidéo (neige), mais léger-léger le flou.

Vous pouvez aussi appliquer à ce stade certains effets simple comme des ralentis ou des passages en noir et blanc ou sépia pour illustrer des souvenirs.

Il est presque toujours mieux d’appliquer ces effets lors du montage que lors du tournage même si votre caméra le permet car vous disposez d’une source propre et si vous changez d’avis c’est encore possible.

Comme le reste les effets doivent être utilisé quand nécessaire et sans trop appuyer pour éviter de donner un coté trop “amateur” à votre production.

 

Les images qui servent d'illustration à cette page sont la propriété de

  • "Star Wars Episode II: Attack of the clones", film de Georges Lucas - © 2002 - Lucasfilm, Ltd.
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